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Vivre dans le Nord canadien : Mythes et réalités

Par Maria Church

La version anglaise de notre hymne national évoque « Le vrai Nord, fort et libre ». Surgissent alors des images de glaciers, de toundra, d’ours polaires. Mais la réalité de Yellowknife et de Whitehorse, les deux villes les plus peuplées des Territoires, demeure un mystère pour la plupart des Canadiens. On a tendance à croire que le Nord est plat, vide et froid.  Êtes-vous prêts à remettre les pendules à l’heure?

Premier mythe » Le coût de la vie y est élevé!

Commençons par le plus important : Le coût de la nourriture est terriblement cher dans le Nord?
C’est faux selon Deborah Bartlette, doyenne des arts appliqués, au Collège Yukon, à Whitehorse, Yukon. En fait, elle déclare que certains aliments sont moins chers là-bas que dans des villes comme Vancouver. C’est dans des régions plus reculées des Territoires que les produits alimentaires et d’autres marchandises sont nettement plus chers, à cause des frais de transport. Dans une grande ville comme Whitehorse, les prix sont rarement plus élevés qu’ailleurs au Canada. Mieux encore : pas de TPS dans le Nord, et une allocation pour les résidents du Nord, ce qui veut dire qu’en fin de compte, on y fait des économies.

Deuxième mythe » Des salaires plus élevés, oui, mais rien à faire avec son argent!

En m’entendant évoquer ce mythe, Gillian Lee, associée dans un cabinet de comptables à Yellowknife, Territoires du Nord-Ouest, n’éclate pas seulement de rire, mais elle s’écrie : « je suis certaine que mon mari vous contredirez sur ce sujet, car je n’ai certainement aucune difficulté à trouver des endroits où dépenser mon argent! »

Mme Lee raconte qu’il y a beaucoup de restaurants, de boutiques et de magasins à fréquenter à Yellowknife. Il y a également des groupes sociaux, ce qui facilite la planification d’activités en ville et la coordination d’activités sportives à l’extérieur de la ville, par exemple la randonnée, le camping et la raquette.

Troisième mythe » Il n’y a pas de vie sociale!

« Franchement, je l’avais déjà entendue celle-là! » lance Mme Lee, originaire de Terre-Neuve, qui est venue s’installer à Yellowknife tout de suite après ses études universitaires. « J’ai trouvé que c’était le contraire, surtout pour les jeunes. Les gens sont de passage à Yellowknife, et il y a beaucoup de jeunes professionnels. Quand je suis arrivée ici, j’ai rencontré des tas de jeunes gens et on organisait tout le temps des activités – que ce soit des dîners, des repas, ou des activités extérieures.

« Où que vous soyez, vous pouvez choisir de vous lier avec les gens, ou pas », souligne-t-elle.

Mme Bartlette dit la même chose à propos de Whitehorse : « La plus grande difficulté est de ne pas se surcharger d’activités sociales! » Elle raconte qu’il y a toutes sortes de clubs sportifs et sociaux, et qu’il est donc facile de rencontrer des gens qui ont les mêmes intérêts que vous. L’été nordique est unique, il fait jour jusqu’à une heure du matin. Vous pouvez donc finir votre journée de travail puis, si vous le voulez, consacrer des heures à la randonnée, des promenades en canot ou en bateau – ainsi, un mercredi soir après le travail devient l’équivalent de presque toute une fin de semaine de loisirs!

Quatrième mythe » La région est difficile d’accès!

De nos jours, le Nord canadien est beaucoup plus accessible qu’on ne le croit généralement. Mme Bartlette signale qu’il y quotidiennement beaucoup de vols en provenance de plusieurs villes canadiennes qui atterrissent à Whitehorse, la capitale du Yukon.

Il est également facile de se rendre à Yellowknife en avion et Mme Lee signale que le prix des billets a chuté au cours des dernières années, ce qu’elle explique par la concurrence à laquelle se livrent les compagnies aériennes. « La première fois que je suis venue ici, le vol vers Edmonton était certainement plus cher qu’il ne l’est maintenant », raconte-t-elle.

Elle souligne aussi qu’en ce moment, Yellowknife n’est accessible par la route que 10 mois par année, en fonction du gel et du dégel de la rivière Mackenzie. Cependant, une fois que la construction du pont Deh Cho sera terminée, en 2012, ce sera chose du passé et la ville sera accessible par la route 12 mois par année.

Cinquième mythe » Les conditions de vie ne sont pas confortables! »

Ce n’est pas très froid tout le temps. Mme Bartlette explique qu’il y a une différence marquée entre le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut. Il est donc difficile de parler d’un seul climat dans le Nord canadien. Elle ajoute que c’est comme comparer Vancouver et St-John’s, deux régions du Canada très contrastées.

Whitehorse est situé juste au nord de la frontière de la Colombie-Britannique. Son climat est relativement doux, malgré sa situation géographique. La ville est nichée dans une vallée et encerclée par la forêt boréale. Originaire du Manitoba, Mme Bartlette est sait de quoi elle parle quand elle affirme que « les hivers à Whitehorse sont moins rigoureux qu’à Winnipeg ».

Yellowknife est au nord-est de Whitehorse, sur les rives nord du Grand Lac des Esclaves, dans les Territoires du Nord-Ouest. Là, le climat est subarctique, mais la ville repose sur le Bouclier canadien, elle est donc au sud de la ceinture de verdure. Mme Lee, pour sa part, estime que « personne n’AIME des températures de moins cinquante – moi non plus d’ailleurs – mais à mon avis, nos étés lumineux viennent compenser la rigueur du climat hivernal ».

Et les insectes ? « Bien sûr, les moustiques peuvent être pénibles quand vous sortez de la ville, mais une fois que vous avez trouvé l’antimoustique qui fonctionne, vous aurez pratiquement réglé la question! » s’exclame-t-elle.

Sixième mythe »  On est coupé de la civilisation!

Maintenant, venons-en au vrai problème : est-ce que les habitants du Nord ne se sentent pas coupés du reste du monde?

« Je trouve parfois frustrant qu’un vendeur en ligne refuse de me livrer la marchandise à Yellowknife. Sinon, je n’ai pas du tout l’impression d’être coupée du reste du monde », affirme Mme Lee. Elle ajoute que les petites collectivités rurales peuvent se sentir isolées sur les Territoires, mais que la population urbaine, qui est relativement jeune, a beaucoup d’activités sociales. Mme Bartlette éprouve la même chose par rapport à Whitehorse. Elle dit qu’il y a plein de boutiques, de galeries d’art et d’activités culturelles, par exemple des pièces de théâtre, des concerts de jazz ou de musique classique, et qu’il y a un fabuleux centre d’arts.

Si les arts ne sont pas votre truc, Mme Bartlette signale qu’il y a des tas d’occasions de pratiquer des activités sportives, comme la raquette, le canot, le kayak, le bateau à moteur, la chasse et la pêche, pour n’en nommer que quelques-uns. Mme Bartlette et Mme Lee sont du même avis : avec toutes ces activités sociales, difficile de se sentir loin de la civilisation.

La réalité

Le Nord canadien est reconnu comme l’une des économies enregistrant l’un des plus forts taux de croissance au Canada, ce qui stimule la construction d’infrastructures, attire des investissements et, plus important encore, des emplois.

Auparavant, il était notoire que les jeunes quittaient Yellowknife et Whitehorse pour aller travailler dans des villes canadiennes plus au sud. C’est complètement différent aujourd’hui. De plus en plus de jeunes professionnels décident de rentrer chez eux et de faire carrière dans leurs villes natales.

Et dans des villes en pleine croissance, « vous avez toutes sortes de possibilités d’emploi; vous pouvez trouver un emploi intéressant et bien rémunéré, en plus d’avoir un style de vie assez extraordinaire », explique Mme Bartlette. Mystère résolu. Vous voulez déjà partir? Rendez-vous là-bas.

Maria Church est étudiante en journalisme à l’Université Carleton.

Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez consulter les sites suivants :
www.magazineoptionscarrieres.com, www.MacKay.ca, www.yukoncollege.yk.ca

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