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La télémédecine, ou quand la technologie améliore les conditions de vie dans le Nord

Par Kathryn Young

Elle permet de sauver des vies, de poser à temps un diagnostic et d’administrer un traitement. Elle aide aussi les patients et les fournisseurs de soins de santé habitant des régions reculées à se sentir moins isolés.

La télémédecine — c’est-à-dire, l’art de soigner à distance grâce aux télécommunications et à des technologies perfectionnées – a fait du Canada un chef de file mondial. Selon le site Web d’Inforoute Santé du Canada, dans les Territoires du Nord-Ouest, la télémédecine permet de dispenser des services réguliers d’orthophonie à des enfants et, dans le Nord du Québec, les femmes enceintes peuvent « consulter » un gynécologue à Montréal sans jamais quitter leur collectivité.

La télémédecine a même permis d’exaucer le dernier souhait d’une personne mourante, raconte Andrea Battcock, qui a aidé à mettre le patient en contact avec un membre de sa famille dans une autre province, par vidéoconférence.

« Ils doivent pouvoir faire leurs adieux. C’est une manière d’offrir un soutien au patient et à la famille, explique-t-elle. La télémédecine aide à sauver des vies, à poser des diagnostics et à soigner, on en trouve des milliers d’exemples dans la vie réelle », affirme-t-elle.

Quotidiennement, au moyen de la télémédecine, des patients consultent des professionnels de la santé. Ces derniers sont à des milliers de kilomètres, souvent dans une autre province, mais ils ont recours à des technologies comme la vidéoconférence bidirectionnelle, l’audioconférence, Skype, le courrier électronique, les communications satellites, des stéthoscopes et des otoscopes numériques, et plus encore. Il est ainsi possible de poser des diagnostics et de soigner des maladies chroniques ou bénignes à distance, mais également d’offrir des services d’orthophonie et de physiothérapie, et des consultations en psychiatrie, ainsi que de convertir des rayons X et des ultrasons, de faire des examens dentaires ou des évaluations neurologiques, et de donner une formation continue aux fournisseurs de soins, et plus encore.

Autrefois, les collectivités éloignées – dans les Territoires du Nord-Ouest ou dans le nord des provinces – devaient dépenser des sommes astronomiques pour transporter les patients par avion afin de leur offrir les soins que l’on ne trouvait pas sur place. La télémédecine a changé les choses. Ces patients peuvent maintenant rester dans leur collectivité et les professionnels de la santé peuvent les « voir » à distance. Ainsi, les enfants malades peuvent rester dans leur famille, et les personnes atteintes de maladies comme le diabète ou le cancer peuvent compter sur des soins réguliers. En plus de réaliser des économies de temps et d’argent, on n’a plus à se déplacer par mauvais temps.

« Le phénomène se répand, signale Mme Battcock. Dans toutes les provinces, on utilise la télémédecine à des degrés divers, et on va le faire de plus en plus ». Selon un rapport intitulé Avantages et adoption de la télésanté : lier les patients et les prestateurs dans l’ensemble du Canada, commandé par l’Inforoute Santé du Canada, en 2010, le Canada comptait plus de 5 700 sites de télésanté et plus de 260 000 séances de télésanté avaient eu lieu. En 1996, Mme Battcock a quitté son poste d’infirmière pour travailler quatre mois à temps partiel dans le cadre d’un projet de télépsychiatrie à l’Université Memorial, à Terre-Neuve, l’un des premiers endroits où l’on a mis au point la télémédecine au Canada. Elle ne l’a jamais regretté. Son emploi dans le domaine de la télémédecine lui a permis de voyager partout au Canada, y compris dans le Nord, mais aussi à l’étranger, notamment en Afrique et en Indonésie, car, en plus d’offrir des services de consultation aux autorités régionales de la santé et aux Premières nations, Mme Battcock prodigue des conseils aux gouvernements et organismes publics. Aujourd’hui, elle travaille pour la firme torontoise Healthtech Consultants, mais elle habite aux environs de St.-John’s, à Terre-Neuve , et travaille dans tout le Canada. Elle participe en ce moment à un projet visant à élargir le réseau de télémédecine au Nunavut.

« On peut avoir une carrière vraiment intéressante dans ce domaine, dit-elle. La télémédecine est juste un volet de la cybersanté. Beaucoup de fournisseurs de soins se sont spécialisés dans ce domaine, car il est à la fine pointe de la technologie, c’est valorisant et cela permet d’améliorer la prestation de soins de santé. »

La télémédecine emploie des gens qui ont une formation en médecine, en soins infirmiers, en physiothérapie, en diététique, et dans d’autres disciplines. Ils apprennent ensuite à intégrer les technologies de la télémédecine à leur travail quotidien.

La télémédecine a également besoin de gens ayant une formation en administration et en technologie de l’information.

« C’est un bon choix professionnel, déclare Perry Ward, gestionnaire de la division des conférences, Services des conférences et du perfectionnement professionnel, Faculté de médecine de l’Université Memorial. L’avenir s’annonce bien. Je suis certain que ceux qui ont l’occasion de voyager se rendront dans de nombreux endroits sur la planète. »

M. Ward a installé des technologies de télémédecine et formé des gens pour les mettre en application en Ouganda, au Nicaragua, au Guatemala, en Argentine, dans les Indes occidentales, et au Paraguay, mais aussi à Terre-Neuve-et-Labrador. Par exemple, il a déjà installé une vidéoconférence pour mettre un patient du nord du Labrador en contact par satellite avec St. John’s, puis par Internet avec un spécialiste au Japon.

« Nous adaptons la technologie des communications aux besoins de chaque cas, explique M. Ward, qui a un diplôme en technologie du génie électronique et en technologie du génie biomédical, ainsi qu’un baccalauréat en technologie. Il est actuellement inscrit à un programme de maîtrise en gestion de la technologie. « Ce n’est pas toujours simple, beaucoup de choses peuvent aller de travers. »

Dans un avenir très proche, la technologie permettra aux médecins de participer à des vidéoconférences et de consulter le dossier de patients à l’aide de téléphones intelligents. Actuellement, la technologie de la vidéoconférence est disponible en holographie, et d’ici quelques années, ce pourrait être la norme. Les techniciens de l’information qui savent comment concevoir des applications pour ces technologies de télémédecine, et pour les technologies à venir, seront très sollicités. « Sur le plan technique, il y a des percées assez incroyables, s’exclame M. Ward. Il va y avoir une croissance explosive. »

M. Ward a également contribué à la conception de stéthoscopes et d’otoscopes numériques, ainsi qu’à la création d’autres outils servant aux examens médicaux, que l’on intègre aux liaisons vidéo. Par exemple, à l’aide de caméras numériques spéciales haute résolution, un médecin peut examiner de près l’oreille externe d’un patient et voir les petits vaisseaux sanguins. « Vous ne pouvez les voir à l’œil nu », précise M. Ward.

Dans certains cas, les examens faits au moyen de la télémédecine fonctionnent encore mieux que les consultations traditionnelles. Par exemple, en télépsychiatrie, le psychiatre peut observer de près le langage corporel et les expressions faciales du patient. « Les psychiatres peuvent zoomer pour voir un patient de plus près », explique M. Ward. Certains patients ont dit ne pas avoir l’impression d’être observés de si près.

Dans le Nord, la prestation de soins de santé est un casse-tête. Il n’est pas facile de recruter du personnel, ni de le maintenir en poste. « Il est difficile de trouver des fournisseurs de soins de santé disposés à aller travailler dans ces régions reculées, explique M. Ward. La situation géographique et le climat sont durs. Beaucoup de collectivités isolées ne sont accessibles que par avion. »

Dans la plupart des collectivités reculées, il y a au moins un infirmier ou un infirmier praticien qui s’occupe de la clinique locale. Cette dernière dessert parfois des douzaines de collectivités environnantes. Ces professionnels de la santé prennent la plupart des décisions pour dispenser des soins aux patients mais, lorsque c’est possible, ils consultent des médecins ou des spécialistes pour les aider à prendre des décisions. La technologie de la télémédecine leur permet aussi de suivre des cours de perfectionnement professionnel ou de participer à d’autres activités du genre – activités que M. Ward aide à mettre sur pied. Par exemple, il organise des « tournées mensuelles en neurologie » permettant à des régions reculées de communiquer avec un neurologue pour discuter de certains cas et de leur traitement, à l’aide de diapositives PowerPoint et d’images numériques du cerveau. La recherche a montré que, grâce aux réseaux de télémédecine, les fournisseurs de soins de santé pratiquant dans des régions reculées se sentent moins isolés.

« Ils ont l’occasion d’avoir une vie professionnelle si différente de celle qu’ils auraient dans des villes, explique M. Ward. Et il y a d’autres raisons pour aller travailler dans le Nord : des salaires plus élevés, une indemnité d’isolement et, parfois, une allocation de logement.

Au fil des années, une partie de la courbe d’apprentissage accélérée a été d’enseigner à des fournisseurs de soins de santé comment utiliser la technologie nécessaire. Toutefois, maintenant, les nouveaux diplômés connaissent la technologie. « Ils s’attendent à utiliser des dossiers de santé électroniques, et ils se servent de téléphones intelligents et d’iPad, explique M. Ward. Ils ont tous l’habitude d’utiliser Skype, par conséquent, la vidéoconférence fait partie de leur quotidien, alors qu’il y a 10 ou 15 ans, il était difficile pour les fournisseurs de soins de santé d’intégrer cette technologie à leur travail. »

Les débouchés professionnels sont vastes pour les étudiants qui s’intéressent aux soins de santé ou à la technologie de l’information. « J’ai eu une carrière extraordinaire, s’exclame Mme Battcock. En ma qualité d’infirmière, je puis dire qu’il est valorisant et stimulant de travailler dans le domaine de la télémédecine. »

Kathryn Young est la directrice de la rédaction d’Options Carrières.

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